Nous sommes en plein cœur de la saison 2015, ça fait un mois que j’ai fait mon circuit de dos à St-Georges-de-Windsor, deux semaines qu’il a été diffusé sur notre émission de télé, et nous venons juste de le mettre sur notre page Facebook depuis une semaine. La vidéo est déjà très virale, mais rien ne pouvais me laisser croire à ce jour du jeudi 6 aout 2015. Je me rappel de la date par cœur, car c’est le jour de la fête de notre fondateur Claude Potvin. Comme si ce qui allait arriver était un message du ciel.

Nous sommes en direction d’un match à St-Jean-de-Matha, ça doit faire un bon 3h que je n’ai pas regardé mon téléphone. Quelle surprise lorsque je l’ouvre et vois toutes ces notifications, je crois rêver: « ESPN vous a mentionné dans un commentaire, TSN vous a identifié dans une photo, FOX News souhaite communiquer avec vous, MLB vous a écrit, etc…  »

On début une série de 4 matchs en 4 jours, et je suis bombardé de demandes d’entrevues, je n’arrive pas à fournir. À un point tel que je ne réalise pas que ma videéo partagé par les médias, vennait de la page Youtube de quelqu’un que je ne connaissais pas, et qui avait copié ma vidéo.

En 4 jours, il cumule 4 millions de vues, et fait 15 000$ dollars sur mon dos. Mais rendu là, je préfère penser au positif  de cette visibilité mondiale. La chaine sportive ESPN classe mon circuit TOP 2 des jeux de la semaine. Et je reçois même l’invitation pour une entrevue sur Fox and Friends à New York, la plus grosse émission du matin des États-Unis.

J’accepte et me voilà quelques jours plus tard en direction de New York. J’amène une jeune lanceuse du programme sport étude que j’entrainais, afin de refaire mon coup de dos dans Central Park.

On arrive aux lignes américaines de Lacolle, le douanier me pose des questions:
– Quel est ton travail?
– Je fais des spectacles de softball
-Et pourquoi tu vas à New York?
-Pour aller sur Fox and Friends parler de mon circuit de dos
-Donc votre travail est le softball, et tu va sur Fox faire un truc de softball?
-Oui
– Sais-tu qu’il est illégale pour un Canadien d’aller travailler aux État-Unis sans permis de travail?
-Ehhhhh Oui

Il n’a pas semblé aimer mon hésitation, et me demande d’entrer à l’intérieur des bureaux frontaliers. Je suis un peu paniqué, mais je garde mon sang froid en me rappelant l’attitude de Luc Picard dans Omerta.

Un deuxième douanier me convoque pour une autre série de questions :
– Es-tu payer pour aller à Fox?
– Non
– Es-ce que Fox te paye les dépenses?
– Ehhh Non
– Pourquoi vas-tu à New York faire une émission à tes frais?
– Et bien vous savez, comme disait Frank Sinatra: « If I can make it there, I’m gonna make it everywhere, it’s up to you New York, New York. »

Le douanier me demande le contacte de la recherchiste de Fox à New York. Je me dis qu’il va simplement l’appeler, et puisque c’est la plus grosse chaine télé aux États-Unis, impossible qu’il refuse mon entré au pays. Je sors mon téléphone, ouvre mes courriels, et lui donne les coordonnés de la recherchiste. Il saisit l’appareil, et me demande de retourner m’assoir.

Il commence à lire ma conversation avec la recherchiste de Fox, mon stress s’amplifie. Car lorsqu’il m’a demandé si mes dépenses étaient payées, j’avais dit non. Alors qu’il était clairement stipulé dans les courriels que mon hôtel était payé par la production. Mais je me dis que ce n’est pas totalement un mensonge, car il m’avait bien demandé si Fox payait MES dépenses, alors qu’une chambre d’hôtel c’est singulier, donc Fox me payait UNE dépense. Mais je doute que le douanier est du genre à vouloir débattre sur la grammaire et la syntaxe de ses questions. Il me lance un regard de tueur, et me demande de retourner à son comptoir: « Pourquoi m’as-tu mentit sur tes dépenses payées? » Je me sentais tellement coupable, j’étais à deux doigts de sortir le classique: « Je ne parlerai pas sans la présence de mon avocat. » Mais tant qu’à de payer un avocat pour mentir à ma place, pourquoi pas mentir moi-même.

J’ai donc répondu: « Vous savez monsieur, moi je parle un peu anglais, mais je n’arrive pas à le lire, et encore moins l’écrire. Alors toute cette conversation que vous avez lu sur mon téléphone, c’est mon agente qui l’a écrite à partir de mon adresse courriel. Moi la seule chose qu’elle m’a dit, c’est que dois être sur Fox demain matin à 6 :00AM »

Il convoque tous les autres agents frontaliers présents dans le poste à le rejoindre derrière son ordinateur, comme si ils se regroupaient pour m’expulser. Il tape quelques lettres sur son clavier d’ordinateur, je suis persuadé qu’il est entrain m’écrit un dossier criminel. Moi qui croyait faire ce voyage pour débuter ma carrière internationale, et me voilà déjà barré des USA.

Le douanier clique sur sa souris, et j’entends le son d’un vidéo, c’était celui de mon circuit de dos. Les agents frontaliers m’applaudissent, me font des « high five » et me souhaitent bonne chance pour Fox and Friends. Je capotais!!!!!!!

Je quitte les douanes et roule dans les Adirondacks. Même pas une heure dépassé les lignes, je me fais intercepté par la police à 135km/ h. Le shérif s’approche à ma fenêtre:
– Pourquoi tu roules aussi vite?
– Désolé, je suis trop excité de me rendre à New York, on m’attend demain à Fox & Friends pour parler de mon circuit de dos.
– Qu’est-ce qu’un circuit de dos?

Je lui sors mon téléphone, et lui montre la vidéo, ca marché avec les douaniers pourquoi pas avec la police. Il le regarde, garde son poker face démontrerant aucune émotion, mais prend quand même le temps de le réécouter une deuxième fois, et me pose une autre question:
– Es-tu une bonne personne?
– Ehh.. Oui, je suis un humoriste dans la vie, j’aime divertir les gens, et que je fais des prières la nuit pour souhaiter la paix sur terre.

Il prend mes papiers d’immatriculations et d’assurances, puis il retourne à son véhicule. Rendu là, je suis prêt à accepter une contravention de 200$.

Il revient et me dit le pire scénario que je ne pouvais imaginer: « T’es papier sont expirés, nous allons devoir saisir votre véhicule. » Je capote, je ne sais plus quoi penser, je lui bégaye une réponse avec des mots qui n’existent pas. Il m’arrête et me dit : « Moi aussi je suis un humoriste à mes heures, amuse-toi à New York. » Il part à rire, me redonne mes papiers, et aucune contravention. Oh WoW Start Spreading the News, I’m leaving today!

Je suis arrivé à New York avec l’adrénaline encore dans le tapis par tout ce que je venais de vivre. Mais avec du recule, tout ce qui s’est passé ne fût que positif. Car j’ai tellement stressé ce jour-là, que je n’ai ressenti aucune nervosité le lendemain pour mon entrevue à Fox.

Revoici mon passage à l’émission: